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Le Faucon pèlerin



Faucon pèlerin- Falco peregrinus-Moisset pelegrin

Si vous voyez un Faucon pèlerin en vol, n’allez pas imaginer qu’il se rend à Rome, St. Jacques de Compostelle ou je ne sais quel autre lieu de pèlerinage. Son nom vient du latin peregrinus ou pelegrinus qui signifie : celui qui chemine par monts et par vaux ; « ceci fait référence au fait que les jeunes oiseaux capturés lors de leur première migration sont plus prisés par les fauconniers que ceux capturés au nid, que l’on dit niais » (P. Cabard et B. Chauvet dans « L’étymologie des noms d’oiseaux »). Autrement dit, les voyages forment la jeunesse.

Pour l’instant, notre pèlerin a posé son bâton là haut sur son rocher. Voyez sa large poitrine bombée barrée de sombre, sa grosse moustache noire de gendarme (au temps des bicornes et des chevaux, bien sûr !), son dos gris ardoisé. Tout à l’heure, quand il s’envolera, notez s’il vous plait ses ailes pointues à l’extrémité et larges à la base, sa queue courte, l’aspect massif de sa silhouette et ses battements d’ailes à la fois souples et puissants.

Puissant, le mot est lâché, c’est sûrement le qualificatif que l’on attribue le plus au Faucon pèlerin (avec rapide, bien sûr !) et il faut dire qu’il n’est pas usurpé, surtout si l’on considère ses méthodes de chasse. Précisons tout d’abord qu’il se nourrit d’oiseaux capturés en vol, ensuite, en simplifiant, essayons de vivre une chasse classique comme un drame en quatre actes. Vous êtes bien installés ? Alors silence et rideau !

Acte 1 le Faucon est perché en un point dominant le paysage (en haut d’une falaise par exemple), tournant la tête en tous sens, il cherche sa proie, celle-ci apparaît au dessous de lui : un Pigeon ramier survole la forêt.

Acte 2 le Faucon s’envole rapidement en direction du pigeon, très haut au dessus de lui.

Acte 3 parvenu à son niveau, il se laisse soudain tomber les ailes collées au corps, pouvant atteindre dans ces piqués vertigineux des vitesses incroyables (on parle de plus de 300 km/h).

Juste avant de percuter sa cible, il ouvre ses ailes pour ralentir un peu (un choc trop violent le blesserait aussi), projette ses pattes en avant, saisit le pigeon dans ses serres et l’achève en lui rompant le cou avec le bec (variante, il pourra simplement assommer sa proie et s’en saisir plus bas lors d’un second piqué).

Acte 4 il transporte sa proie en un lieu habituel où elle sera consommée (dur, dur d’être un Pigeon et pas seulement pour les oiseaux !).

Rideau, fin d’une tragédie vieille comme la vie. Mais il faut souligner que l’attaque du Faucon n’est pas toujours couronnée de succès (1 sur 3 en milieu favorable, 1 sur 10 en milieu plus difficile), les statistiques prouvant que les milieux ouverts (prairies, étendues d’eau…) sont très logiquement plus « productives » que les milieux fermés (forêts…) où les proies alertées peuvent se réfugier sous le couvert des arbres. D’où sans doute, en certains endroits, le goût du Faucon pèlerin pour les falaises côtières, la mer n’offrant aucun refuge à ses cibles.

Le Faucon pond ses œufs à même le sol sur les corniches ou dans les cavités des falaises sur la côte ou dans les grandes vallées encaissées, la ponte est de 3 ou 4 œufs.

Nos Faucons pèlerins sont sédentaires mais des oiseaux venus du nord de l’Europe les rejoignent en hiver.

L’espèce a été très menacée et dans les années 1970 ses effectifs étaient au plus bas, la cause principale étant l’usage en agriculture de pesticides organochlorés (le redoutable DDT par exemple). Le processus d’intoxication est facile à comprendre : le Pigeon, le Choucas, l’ Etourneau mangent les graines traitées ; le Faucon mange ces proies contaminées et par accumulation des toxines dans son organisme des malformations apparaissent, notamment au niveau des œufs. L’interdiction de ces pesticides et des mesures de protection ont permis aux populations de se reconstituer, malgré tout, l’oiseau reste rare et à surveiller.

Comme tous les oiseaux rupestres le Faucon pèlerin peut souffrir de nombreux dérangements sur ses sites de reproduction telle que la pratique de l’escalade et du vol libre, mais une bonne connaissance des sites de nidification (c’est notre travail) et une entente avec les pratiquants permettent parfois, de régler les problèmes de cohabitation.

Notons pour finir que le Faucon pèlerin est l’un des rares oiseaux visibles sur tous les continents (à l’exception de l’Antarctique), c’est un vrai citoyen du monde en somme !

Bonnes observations !

Texte: Yves Demonte.

Photo: Jacques Dalmau

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