Gare aux circas....


Chaque début de printemps, c’est la même fébrilité qui anime une certaine catégorie de « doux dingues »… Réglée comme du papier à musique, la migration prénuptiale des circaètes va débuter dans quelques jours. Le spectacle offert par ces centaines de circaètes luttant contre le vent laisse, aux chanceux qui en ont été les témoins, un souvenir impérissable.

Peu connu jusqu’au début des années 2000, la migration printanière des circaètes passait souvent inaperçue. Les sites de suivi de la migration, regroupé au sein du collectif réseau Migrans, étant très côtiers (Leucate, Gruissan), les effectifs contactés restaient modestes. Car, en effet, le Circaète a peur de l’eau !! Il faut dire que « l’Aigle aux serpents » est relativement lourd et que la tramontane, souvent violente au mois de mars, aurait vite fait de catapulter notre oiseau au large, sans aucune chance d’en réchapper. Par forte tramontane, le Circaète a donc un seul objectif : ne jamais s’éloigner des reliefs. Même modestes, les collines et petites montagnes permettent, grâce à l’action du vent qui remonte la pente, la création « d’ascendances orographiques ». Le Circaète, excellent voilier, va donc « surfer » sans efforts de colline en colline. Certes, le passage est souvent lent mais, indéniablement, il avance et gagne de l’altitude sans donner un seul coup d’aile. La situation paraitrait même paradoxale au néophyte : plus la tramontane souffle fort, plus le passage des circaètes a lieu à l’intérieur des terres (jusqu’à Vinça dans notre département) ; si la tramontane s’arrête, ou par vent marin, le flux est plus dispersé et souvent plus littoral. Cette situation est exactement inverse du schéma classique observé chez la plupart des rapaces migrateurs (Bondrée apivore, épervier, milans…).


Circaète Jean- le-blanc (Béatrice Boscher)

Quant aux dates de passage, elles sont très claires. Deux pics peuvent être observés : le premier intervient en moyenne entre le 11 et le 14 mars ; le second aura lieu une semaine plus tard, en moyenne entre le 17 et le 20 mars.

Fait remarquable, les circaètes observés lors du premier pic sont, pour la plupart, recontactés à la frontière italienne (Vignoble de Bellet/suivi LPO PACA) 24 à 48h après avoir traversé notre département ! Il est probable que la plupart bifurquent ensuite vers la botte italienne mais peut-être qu’une partie continuent le long de la Mer adriatique vers la Croatie … Le deuxième pic est généralement non suivi d’observations à la frontière italienne et laisse à penser qu’il s’agit majoritairement des circaètes français. Notons que le passage se poursuit en avril voire parfois début mai (immatures non reproducteurs ?).

Rappelons que la totalité des populations nicheuses française et italienne de Circaète Jean-le-Blanc traverse notre département au printemps.

Quelques bons spots pour observer la migration printanière du Circaète dans les Pyrénées-Orientales :

- Ille s/Têt (Table d’orientation sur la route de Montalba)

- Fourques/Thuir/Terrats

- Vingrau/Tautavel

Des inconnues :

La localisation des couloirs de passage au niveau de la frontière reste mal connue- Col du Perthus ? Col d’Ares ? Albères ? Toute donnée à ce sujet nous intéresse…


Fabien Gilot

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