L'Aigle botté


Aigle botté

Hierraetus pennatus-Aguila calçada


Il y a des oiseaux que l’on connait bien, d’autres assez bien et certains, plutôt mal. L’Aigle botté fait partie de cette catégorie, c’est un oiseau peu étudié, n’ayant fait l’objet d’aucune monographie (étude consacrée à une espèce), ni d’aucun programme de baguage, tout au moins en France. Pourquoi ce désintérêt apparent ? Après l’avoir affublé d’une paire de bottes, voudrait-on lui faire porter le bonnet des derniers de la classe ? Lui en voudrait-on de prétendre jouer dans la cour des Aigles, alors qu’il a la taille d’une Buse ? Non, la vérité est plus simple, notre oiseau est rare et discret voilà tout donc difficile à observer. Il est vrai qu’il pourrait lui aussi y mettre du sien, devenir plus rare par exemple voire au bord de l’extinction sur notre territoire…nul doute qu’il connaîtrait alors un succès comparable à celui de son cousin l’Aigle de Bonelli !


Aigle botté sombre (Jean-Yves Bartrolitch

Malgré sa taille, il appartient bien à la famille des Aigles dont il est le plus petit représentant, son envergure est comprise entre 1,10m et 1,30m. On pourra observer des individus de coloration variable, certains dits de forme sombre présentent des dessous brun uniforme, d’autres dits de forme claire, les plus communs, sont blanchâtres dessous, à l’exception des rémiges sombres : ce contraste blanc et noir des ailes est un bon critère d’identification de l’espèce. Les sombres sont parfois confondus avec des Milans noirs et passent de ce fait, souvent inaperçus. Si l’oiseau vole face à vous notez les « feux de position » (non, Monsieur, ils ne clignotent pas !) taches blanches visibles sur le bord d’attaque de l’aile, autre détail caractéristique. Dans les deux formes, les dessus sont identiques : contrastes de bruns plus ou moins bariolés de bandes blanches sur les ailes, le croupion et le dessus de la queue. Les deux sexes sont de coloration identique, seule la taille les différencie ; en règle générale, chez les rapaces, la femelle est plus grosse que le mâle (la dictature des régimes minceur ne sévit pas encore chez les oiseaux !) ; ses pattes emplumées lui ont donné son nom.

C’est un habitant de moyenne montagne, des vastes étendues boisées entrecoupées de zones ouvertes. Son régime alimentaire est varié, adapté à la richesse de la faune locale : mammifères de la souris au lapereau, oiseaux de l’alouette à la perdrix rouge, mais aussi reptiles (lézards) et insectes. Une telle diversité dans ses menus devrait lui permettre de s’installer en plus grand nombre et dans des milieux variés, or il n’en est rien. Il semble que notre Aigle de poche soit difficile dans le choix de ses sites de nidification. Le versant boisé qu’il choisit doit être peu accessible, bien exposé à l’abri des vents dominants et plutôt sec. Le nid est bâti dans un arbre, un ou deux œufs sont pondus, si c’est deux, les deux jeunes sont élevés (le caïnisme : meurtre du cadet par l’aîné n’a pas été observé chez cette espèce).

Bonnes observations !


Statut :

C’est un migrateur qui part au sud du Sahara en septembre, octobre et qui revient en mars, avril. Toutefois les cas d'hivernage se multiplient dans le sud de la France depuis une trentaine d'années. Certaines années, en octobre, des centaines d'individus peuvent effectuer une rétromigration qui les conduira de la péninsule ibérique jusque dans la botte italienne. A cette occasion, il est possible d'observer plusieurs centaines d'Aigles bottés faisant route sud/nord le long de notre littoral.


Yves Demonte

Crédit photos: Jean-Yves Bartrolitch

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