Vivre de la pêche

Sur la planète bleue, l’eau, salée ou non, recouvre environ 72 % de la surface.

Quoi de plus normal pour certains animaux terrestres de s’être tournés vers l’eau pour se nourrir et en particulier les oiseaux par des adaptations ou des techniques variées.

De manière générale, comme les oiseaux sont des animaux à sang chaud, ils risquent de graves refroidissements. Pour régler ce problème : le plumage.

Ces plumes qui leur servent à voler, servent aussi, en les ébouriffant à emprisonner plus d’air ce qui augmente le pouvoir isolant.

Elles ont la même utilité sous l’eau tant qu’elles peuvent conserver l’air.

Martin pêcheur d’Europe :

Ce magnifique petit oiseau bleu turquoise, doté qu’une courte queue et d’un bec en forme de dague se déplace très rapidement au-dessus de l’eau mais peut aussi rester en vol stationnaire pour guetter une proie.

Plus généralement, perché au-dessus d’un cours d’eau, il attend. A la vue d’un poisson, réaction immédiate, ailes repliées vers l’arrière, bien collées contre son corps, il plonge. Quelques coups d’ailes, il remonte avec le poisson dans son bec sur son perchoir. Là, il assène quelques coups pour le tuer et il l’avale. Cette démonstration d’une telle dextérité exécutée sans hésitation n’a duré que quelques secondes !

Mais pour cela, l’espèce a dû apprendre à ajuster sa visée pour compenser la réfraction de la lumière sur la surface de l’eau, à l’aller et au retour. Elle a également développé une habilité musculaire pour rester suspendu dans les airs le temps d’ajuster la visée.

Le Cincle plongeur appelé parfois « merle d’eau » est le seul passereau à chercher sa nourriture sous l’eau. Il compte sur la propriété de son plumage dont il prend bien soin en enduisant les plumes d’huile provenant de sa glande uropygienne. Il est capable de marcher sur le fond du cours d’eau où il retourne les galets à la recherche de larves.

L’inconvénient de l’air comme isolant c’est qu’il fait flotter, le cincle doit se retenir au fond avec ses doigts pour ne pas remonter comme un bouchon !

Pour les canards qui nous sont plus familiers, on a tendance à oublier leur adaptation à la vie aquatique : ils mangent, se reposent, se courtisent à la surface de l’eau et pour faire tout cela, ils ont un premier et indispensable atout des « pagaies » efficaces placées à l’arrière du corps.

Certains vont se nourrir à la surface, grâce un bec bordé de plaques caoutchouteuses semblables à des peignes (par ex. colvert, pilet, sarcelle,..) d’autres plongent pour fouiller les fonds boueux et se nourrissent de plantes aquatiques (par ex. milouin) de mollusques (par ex. eider), d’autres ont des becs finement dentelés comme une scie ce qui les aident à retenir les poissons (par ex. harle). Quant aux plongeons, ne mangeant que du poisson, leurs pieds palmés, placés très loin à l’arrière du corps leur donnent une grande rapidité sous l’eau, les ailes bien collées au corps de façon à obtenir une forme aérodynamique, leur technique est de poursuivre leurs proies sous l’eau ainsi ils peuvent les battre sur leur « propre terrain » !

Le Balbuzard pêcheur reste actuellement le seul rapace qui se nourrisse exclusivement de poissons vivants qu’il pêche selon une technique peu répandue même chez les autres oiseaux pêcheurs : vol stationnaire, plongeon depuis les airs, immersion éventuelle et capture juste sous la surface. Quand il s’extirpe de l’eau, s’il a réussi sa capture, il la tient d’une seule patte puis, très vite, il plante l’autre patte en avant ou en arrière de manière à placer le poisson dans le sens de la longueur, lequel continue à se débattre souvent vigoureusement ! Il cherche un perchoir élevé où il va pouvoir achever sa proie et la consommer à l’aide de son bec.

Ce mode de vie entièrement piscivore ne peut être accompli que grâce à un certain nombre de particularités physiques : un bec très crochu, un plumage dense et compact quasi imperméable, des valves qui obturent les narines pendant la « plongée », des pattes et des pieds assez gros et puissants capables de porter de lourdes proies (env. 2 kg) et qui en plus se tortillent en tous sens. La disposition des doigts très originale chez le balbuzard ne répond pas au schéma le plus répandu (trois doigts en avant et un en arrière). Chez le balbuzard, le 4ème doigt externe est réversible et peut s’orienter à la demande vers l’arrière ce qui donne une disposition en croix assurant une prise très ferme sur les proies très glissantes que sont les poissons.




En mer, chaque fois que la marée descend, les eaux salées laissent derrière elles un important « gueuleton » si riche et si renouvelé que toute une catégorie d’oiseaux se nourrit strictement sur les plages. D’où une communauté où la compétition est féroce, chaque espèce en est donc venue à se spécialiser : Bécasseaux suivent les vagues au bord de l’eau sur les plages sablonneuses ; Tournepierres arpentent plutôt les plages de galets, les limicoles occupent les vasières, etc…

Chez les Huîtriers-pies, les jeunes apprennent rapidement à récolter des vers, l’habilité pour la pêche à la moule est plus longue à acquérir ! Il a été observé qu’il y a d’ailleurs deux écoles chez les huîtriers, briser la coquille ou insérer le bec entre les deux valves de la coquille et couper le muscle.

Le Fou de bassan : même technique que le Martin-pêcheur

Il ramène ses ailes pour prendre la forme d’une pointe de flèche ce qui réduit la résistance de l’air, au dernier moment, il étire complètement ses ailes vers l’arrière et crève la surface à 100 km/h. A cette vitesse l’impact est violent mais il possède un réseau de sacs aériens à l’avant du corps qui absorbent une grande partie du choc.

Une merveille d’adaptation : les yeux sont légèrement tournés vers l'avant et vers le bas, ce qui leur procure une large vision binoculaire sans désaxer la tête. Lors des plongées, les membranes nictitantes couvrent les yeux. Le bec conique est long et fort, pointu et sans crochet. Il est dépourvu de narines externes.

Il y en aurait bien d’autres à décrire mais pour finir un cas très original :

le Pluvier anarhynque, endémique de Nouvelle Zélande, est le seul à avoir le bec incurvé vers la droite, toujours à droite mais on ne sait pas pourquoi ! il glisse ce bec sous un galet sans avoir à le retourner pour racler les œufs de poisson ou des larves d’insectes. Une explication qui vaut ce qu’elle vaut, oiseau sans prédateur terrestre à l’origine, le danger ne pouvait venir que du ciel. Se nourrir ainsi la tête de côté laisse son œil gauche libre de scruter les airs !

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